Chapitre 1
Là où tout commence
Il existe, dans le sud-ouest de la France, un château aux murs pâles que le soleil du matin pare d’une lumière presque irréelle. À certaines heures du jour, lorsque la brume s’élève lentement des prairies voisines et s’étire comme un voile délicat entre les arbres, le domaine semble flotter hors du temps, suspendu dans un silence que rien ne vient troubler… sinon, peut-être, les secrets qu’il abrite.
Les voyageurs qui passent devant ses grilles de fer forgé ralentissent souvent leur pas, sans toujours savoir pourquoi. Il y a, dans l’air, quelque chose d’indéfinissable. Une impression fugace, comme si le lieu observait ceux qui osent le regarder.
Certains prétendent avoir aperçu, à l’aube, une silhouette élégante glissant entre les rosiers encore perlés de rosée. D’autres jurent avoir entendu, au détour d’une allée oubliée, le rire léger d’une femme… ou le bruissement discret d’une robe de soie effleurant les graviers.
Mais personne ne s’attarde assez longtemps pour vérifier.
Ce château appartient à la Comtesse Sélénia d’Aquitaine.
Sélénia y était née. Elle y avait grandi, loin du tumulte du monde, dans un univers où chaque pièce racontait une histoire. Les bibliothèques s’élevaient jusqu’au plafond, chargées d’ouvrages anciens aux reliures patinées. Les salons, baignés de musique et de lumière dorée, semblaient ne jamais vraiment se vider de leurs conversations passées. Quant aux longs corridors, ils étaient habités de portraits d’ancêtres dont les regards, disait-on, suivaient les visiteurs bien après leur passage.
Sa mère, la Vicomtesse Éléonore, incarnait une élégance presque intemporelle. Ses journées s’écoulaient au rythme du piano, des vers qu’elle murmurait à voix basse, et de ses promenades solitaires dans la roseraie. On racontait qu’elle reconnaissait un poème dès les premiers mots, comme si la poésie lui appartenait autant que l’air qu’elle respirait.
Son père, le Vicomte Armand, était d’une toute autre nature. Plus discret, plus insaisissable. Voyageur infatigable, il disparaissait pendant des semaines pour revenir chargé d’objets étranges, glanés aux quatre coins du monde. Une montre miniature arrêtée à une heure inconnue. Une clé ancienne dont aucune serrure du château ne semblait vouloir. Ou encore de petits coffrets finement gravés, qu’il gardait parfois fermés… même face à la curiosité insistante de sa fille.
Très tôt, Sélénia avait compris que certaines questions ne devaient pas être posées.
Mais ce n’était ni son nom, ni son héritage qui faisaient d’elle une figure singulière.
C’était son esprit.
Car Sélénia possédait un don rare : celui de voir, dans les choses les plus ordinaires, le début d’une histoire. Là où d’autres voyaient un simple salon, elle imaginait une scène. Là où d’autres entendaient une conversation, elle devinait une intrigue. Et là où certains ne percevaient qu’un silence… elle pressentait déjà un secret.
Très jeune, elle s’était mise à transformer le château.
Un couloir devenait un passage interdit.
Un jardin, le théâtre d’un mystère.
Une simple réception, le point de départ d’un jeu dont elle seule connaissait les règles.
Chaque matin, on pouvait l’apercevoir parcourant les allées, un petit carnet de cuir brun serré contre elle. Elle s’arrêtait parfois, longuement, sous un tilleul ou près d’une statue légèrement ébréchée, comme si elle écoutait quelque chose d’imperceptible. Puis, d’un geste rapide, elle couchait quelques lignes sur le papier avant de reprendre sa marche, déjà ailleurs.
Dans ce carnet, les idées s’entremêlaient sans logique apparente :
des jeux d’observation minutieux,
des messages codés que nul ne parvenait à déchiffrer,
des scénarios de mystères élégants où chacun semblait cacher quelque chose,
et parfois… des invitations.
Des invitations à des soirées dont personne n’avait encore entendu parler.
Des soirées qui, une fois passées, laissaient derrière elles un étrange souvenir — comme un rêve dont on ne serait pas certain d’avoir entièrement saisi le sens.
Peu à peu, une question s’était installée parmi ceux qui fréquentaient le château.
Une question que personne n’osait poser à voix haute.
Car en parcourant les pages de ce carnet, en observant les jeux qu’elle imaginait, en participant à ses soirées…
il devenait difficile de distinguer
où s’arrêtait la mise en scène,
et où commençait la vérité.
Et certains, plus attentifs que les autres, commençaient même à se demander si Sélénia elle-même…faisait encore la différence.
Le Chapitre 2 arrive bientôt… suivez-nous sur Instagram pour ne rien manquer !
Les Nuits Elegantes
Plongez dans l’élégance intemporelle
En savoir plus
Nos événements
Qui sommes-nous ?
Nos partenaires
Contact
06 34 52 39 40
contact@ptites-enquetes.fr
📍 Gironde